Les traitements des troubles alimentaires peuvent aussi nuire

Les traitements des troubles alimentaires peuvent aussi nuire

Les traitements des troubles alimentaires peuvent aussi nuire

Les soins psychologiques pour les troubles alimentaires apportent des bénéfices indéniables à certains patients. Pourtant, une amélioration des symptômes ne garantit pas l’absence de préjudices. Un traitement peut réduire les signes de la maladie tout en causant des dommages, souvent ignorés ou mal évalués. Aujourd’hui, les effets néfastes restent peu définis, rarement surveillés et encore moins signalés dans les recherches cliniques.

Les témoignages de patients ayant subi des traumatismes ou des souffrances pendant leur traitement sont parfois écartés. Leurs récits sont qualifiés de résistance, de manque de coopération ou de symptômes de leur trouble, ce qui aggrave leur détresse et empêche les services de tirer des leçons de ces expériences. Cette méfiance envers les paroles des patients crée une injustice : leur capacité à identifier et à exprimer ces préjudices est affaiblie, surtout quand leurs alertes sont minimisées ou attribuées à leur état psychologique.

Les dommages ne touchent pas tout le monde de la même manière. Les communautés marginalisées, comme les personnes neuroatypiques, transgenres ou issues de cultures minoritaires, subissent des formes spécifiques de préjudices. Les modèles de soins actuels, souvent conçus pour des populations majoritaires, peuvent être inadaptés, voire nuisibles. Par exemple, des personnes autistes décrivent certaines thérapies comme mal adaptées à leurs besoins, provoquant incompréhension, détérioration de leur santé mentale ou traumatismes. De même, les soins non affirmants pour les personnes transgenres ou les approches culturelles inappropriées pour les communautés autochtones peuvent aggraver leur souffrance.

Pour une prise en charge centrée sur la personne, il ne suffit pas de se demander si un traitement fonctionne en moyenne. Il faut aussi évaluer pour qui il est sûr, accessible et respectueux. Cela implique de surveiller activement les préjudices, d’écouter les retours des patients et d’adapter les pratiques. Les méthodes qualitatives et les témoignages directs sont essentiels, car les indicateurs traditionnels, comme la perte de poids ou la réduction des symptômes, ne captent pas les dommages relationnels, identitaires ou traumatiques.

La participation des personnes ayant vécu ces expériences est cruciale. Elles aident à définir ce qui compte comme préjudice, quels résultats sont importants et comment interpréter les signalements. Sans cette implication, les affirmations sur l’efficacité des traitements restent incomplètes, car la sécurité ne peut être déduite uniquement de leur efficacité. Une approche juste exige de reconnaître ces préjudices, de valider les expériences des patients et de mettre en place des mécanismes de réparation et d’amélioration continue.


Documentation et sources

Document de référence

DOI : https://doi.org/10.1186/s40337-026-01677-9

Titre : Iatrogenic harm in eating disorder treatment: a lived experience-led call for epistemic justice and accountability

Revue : Journal of Eating Disorders

Éditeur : Springer Science and Business Media LLC

Auteurs : Laurence Cobbaert

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